Déclaration du Conseil national du MJCF du 21 juin 2026

21 juin 2026

Une crise de l’impérialisme qui se poursuit

L’actualité internationale reste principalement marquée par le raidissement du centre impérialiste face à la possibilité d’un monde multipolaire. L’élargissement des BRICS représentant aujourd’hui environ 51% de la population et 40% du PIB mondial, la volonté de plusieurs de ses membres de se passer du dollar comme devise d’échange internationale et le développement de la Chine sont autant de menaces pour l’hégémonie occidentale.

Un raidissement du centre impérialiste :

Il s’illustre d’abord par la politique étrangère étasunienne d’agression contre l’Amérique latine, que Washington considère comme son pré-carré. On l’observe à travers l’enlèvement de Nicolás Maduro et Cilia Flores ou les ingérences lors des élections en Colombie et au Pérou, mais surtout avec la politique d’étranglement de Cuba. Privé de pétrole depuis quatre mois, le pays connaît des coupures d’électricité pouvant aller jusqu’à 20 heures par jour. Non content de plonger son voisin dans une grave crise humanitaire, la Maison Blanche a prononcé un mandat d’arrêt contre Raúl Castro. Le président Díaz-Canel fait lui l’objet de sanctions personnelles, laissant planer la possibilité d’une opération similaire à celle menée contre Caracas en janvier.Au Moyen-Orient c’est l’Iran qui se retrouve dans le viseur des États-Unis. En déstabilisant le régime, Washington espère pouvoir priver la Chine d’un de ses principaux points d’approvisionnement énergétique.Le raidissement du centre impérialiste s’illustre ensuite par le durcissement des alliés des États-Unis. Des alliés qui parfois surpassent Washington en agressivité. Israël poursuit ainsi sa politique de colonisation en Palestine et d’agression contre le Liban. Le gouvernement israélien a récemment annoncé vouloir placer sous son contrôle 70% de la bande de Gaza et, au mépris du cessez-le-feu signé le 8 avril, Tsahal a tué trois soldats libanais le 6 juin dernier. Des frappes ont également eu lieu lundi 8 juin sur Téhéran et Ispahan. L’armée israélienne s’est rendue coupable d’actes de torture contre des participants à la dernière flottille pour Gaza. Actes qui font l’objet en France d’une enquête du Parquet national anti-terroriste (PNAT), une partie des victimes étant françaises. L’Union européenne adopte elle aussi une diplomatie plus agressive. L’Allemagne se réarme et envisage de devenir la première armée d’Europe d’ici 2035. Si l’Elysée a récemment abandonné le SNU, le même risque de militarisation plane sur la jeunesse française. L’UE a aussi annoncé sa volonté d’une nouvelle politique d’élargissement intégrant l’Ukraine et la Moldavie. Le sommet des Balkans qui s’est tenu le 5 juin au Monténégro en présence des dirigeants de l’UE et des six pays des Balkans s’est également conclu sur une probable future intégration du Monténégro et de l’Albanie. Là encore dans une logique de confrontation avec la Russie et la Chine.

Les peuples face à l’impérialisme :

Partout dans le monde, les peuples subissent les conséquences du regain de brutalité de l’impérialisme. Les peuples iraniens et cubains souffrent particulièrement des politiques de sanctions étasuniennes. Elles génèrent des pénuries et sapent le fonctionnement des services de santé. De nombreuses voix se sont levées contre l’hégémonie occidentale, qu’elles viennent du mouvement ouvrier comme en Amérique latine ou de ce qui pourrait s’apparenter à une bourgeoisie nationale dans les pays du Sahel. Mais la récente percée de la droite aux élections colombiennes et l’ancrage persistant du djihadisme au Mali illustrent toute la difficulté de s’émanciper de cette tutelle. Les négociations en cours entre Washington et Téhéran comme le sommet qui s’est récemment tenu en Chine entre Xi Jinping et Donald Trump nous rappellent toutefois que les États-Unis ne peuvent plus aujourd’hui prétendre à une hégémonie absolue sur la planète.Dans les pays du centre impérialiste, la paupérisation de la classe ouvrière et des couches moyennes, du fait des conséquences de la crise et de l’inflation, génère une colère vis-à-vis du statu quo. À de rares exceptions sur le continent européen, cette volonté de changement s’exprime par un vote pour des partis d’extrême droite. Ces derniers parviennent, avec la complicité d’une partie de la presse patronale, à diriger la colère ambiante contre les travailleurs immigrés. Partout, le manque d’ancrage ouvrier des communistes et du camp progressiste en général nous fait défaut dans le combat antifasciste.Face à la logique de l’impérialisme, le MJCF oppose la souveraineté des peuples, la solidarité internationale et la promotion du développement. Les deux premières se déploient à travers notre campagne “US go home” et la préparation du FMJE. Mais quand l’impérialisme souhaite sciemment maintenir des territoires dans une situation de sous-développement, le MJCF réaffirme la nécessité d’un développement industriel et technologique pour permettre aux peuples et aux territoires de relever les défis sociaux et climatiques.Les fédérations se sont particulièrement bien emparées de la bataille anti-impérialiste. L’affiche nationale a été collée dans la quasi-totalité des territoires où notre organisation est implantée. Les retours de délégation organisés dans les fédérations ont permis de porter un regard concret sur les réalités vécues par les peuples, de renforcer les liens de solidarité internationale et de faire vivre notre campagne au plus près des fédérations. Mieux encore, les fédérations ont multiplié les temps conviviaux autour de sujets internationaux et du FMJE. Le festival vit d’ores et déjà à travers ces événements. La coupe du monde de football qui se tient cet été sera aussi l’occasion d’organiser de nouveaux événements de masse, comme des tournois de foot de solidarité ou des diffusions de match, qui seront propices aux échanges autour de l’actualité. Notamment des traitements racistes subis par certains joueurs et arbitres lors de leur arrivée à l’aéroport. Nous replaçons également la question de l’accès populaire au sport au centre de ces temps.Enfin, dans les mois qui viennent, le MJCF enverra plusieurs délégations de direction à l’étranger afin de maintenir nos liens avec nos partenaires. Des discussions sont en cours avec nos organisations sœurs, à Chypre, en Autriche, au Portugal, au Sahara, en Belgique, à Cuba et en Palestine.

En France, le choix du marché contre l’avenir de la jeunesse.

Là où les territoires ont besoin de développement industriel, de coopération et de planification pour répondre aux besoins des peuples, le capitalisme en France ne propose que la concurrence généralisée, la sélection et la précarité. Les tensions sur les approvisionnements énergétiques, la hausse des coûts de production, la baisse du pouvoir d’achat et la fragilisation de l’industrie européenne font peser de lourdes menaces sur l’emploi, sur les conditions de vie et sur l’avenir de la jeunesse. À l’heure où tombent les résultats des procédures d’orientation sur les plateformes Parcoursup et Mon Master, des milliers de jeunes se voient imposer des parcours qui aboutissent à des impasses.

De Parcoursup à InserScore : organiser la concurrence plutôt que garantir l’emploi.

Derrière le discours gouvernemental sur “l’orientation choisie”, la réalité est celle d’une orientation contrainte par la sélection sociale structurelle : celle des plateformes qui classent par des critères de sélection, ou encore celle déterminée par les moyens financiers des familles, ou de leur méconnaissance du système. Des outils qui, a contrario, sont largement maîtrisés par les familles issues de la bourgeoisie, qui s’en servent pour prolonger leur reproduction sociale. La précarité étudiante constitue elle-même un puissant facteur de sélection. De nombreux jeunes renoncent à certaines études ou à une poursuite de cursus, faute de ressources suffisantes. Dans le même temps, l’été est marqué pour une partie de la jeunesse par la recherche difficile d’un contrat d’apprentissage ou d’une entreprise d’accueil, alors même que des milliards d’euros d’argent public continuent d’être versés au patronat sans aucune garantie d’embauche durable.Alors que 16% des 15-29 ans sont aujourd’hui sans emploi (Insee), illustrant les difficultés d’insertion professionnelle, de nouveaux indicateurs mis en avant par le gouvernement, comme InserScore, prétendent répondre à la question de l’emploi par la mesure statistique des débouchés. Ils sont en réalité un moyen de mettre les formations en concurrence selon leur rentabilité immédiate sur le marché du travail. Car la question n’est pas de mesurer l’insertion dans un marché ne servant que les intérêts court-termistes du patronat ou d’adapter les parcours de formation aux besoins immédiats du patronat. L’enjeu est de planifier l’emploi et la formation à partir des besoins réels du pays, comme la réindustrialisation, la transition énergétique, les services publics ou encore la recherche.En cherchant à faire correspondre le temps de la formation aux échéances du patronat, cette année encore, les épreuves du baccalauréat professionnel ont été avancées afin d’augmenter les périodes de stage, et ce, alors qu’une vague de chaleur touchait une grande partie du territoire. Sans anticipation sérieuse, le gouvernement attend l’accident plutôt que de prendre en compte les contraintes climatiques pourtant prévisibles et qui frapperont plus fréquemment à l’avenir. L’augmentation du temps passé en stage expose également davantage les élèves aux accidents professionnels et aux violences sexistes et sexuelles. Le terrain est propice du fait de la vulnérabilité des stagiaires face aux employeurs, de la peur de compromettre leur stage ou leur formation, ainsi que du manque d’encadrement et de dispositifs de protection effectifs.Derrière les discours de tolérance de façade et le pinkwashing des grandes entreprises, la réalité des personnes LGBTI reste marquée par une précarité matérielle et structurelle. Le système capitaliste, qui s’appuie historiquement sur le modèle familial patriarcal pour assurer la reproduction gratuite de la force de travail, continue de marginaliser celles et ceux qui s’en écartent. L’oppression LGBTI n’est pas qu’une question de représentations : elle se traduit par une violence matérielle violente. Le rejet familial jette de nombreux jeunes à la rue, l’accès au logement et à la santé est entravé, et les discriminations à l’embauche maintiennent une armée de réserve précaire. Le patronat se sert des LGBTIphobies pour diviser les travailleurs et tirer les salaires vers le bas, tout en récupérant ces luttes à des fins marchandes le temps du Mois des fiertés. L’enjeu n’est donc pas de quémander une place dans un marché de l’emploi qui nous exploite, mais de construire une réponse politique globale : la libération sexuelle et de genre est indissociable de l’émancipation de notre classe. L’organisation historique de la marche des fiertés de Valenciennes, initiée et portée par le MJCF lui-même est un exemple de mobilisation possible. En prenant la responsabilité d’organiser cette Pride, nous avons opposé aux marches sponsorisées par les multinationales une véritable manifestation populaire, radicale et ancrée dans les luttes sociales du territoire.

Planifier l’avenir plutôt que subir le marché

Les épisodes climatiques extrêmes, à l’image des canicules précoces et toujours plus intenses que connaît notre pays, frappent déjà durement les travailleurs, les jeunes en formation et les outils de production. Face à cette réalité, l’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique comme la réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre imposent de reprendre la maîtrise publique des secteurs stratégiques afin de planifier démocratiquement les investissements, les productions, les formations et les besoins énergétiques du pays. Ces épisodes qui peuvent être anticipés doivent faire l’objet d’une planification des réponses comme le seuil de chaleur au travail 28 degrés pour les travaux physiques et 30 degrés pour les travaux sédentaires. De plus, la réindustrialisation est indissociable d’une transformation écologique de la production mis au service des besoins humains plutôt que des logiques de rentabilité immédiate.Face à cette situation, la campagne locale autour de la Cellulose (Fibre Excellence) constitue un exemple concret des possibilités de déclinaison de la campagne emploi du MJCF. La mobilisation du MJCF en Haute-Garonne contre la fermeture du site s’est traduite par des liens renforcés entre le PCF, la CGT et les salariés mobilisés et a permis d’obtenir une visibilité médiatique et de porter nos revendications jusque dans le débat national par l’intervention sur des plateaux du secrétaire général du PCF Fabien Roussel et la question au gouvernement du député Edouard Bénard à l’assemblée. Cela traduit la volonté de conduire les enjeux locaux de la production à l’échelle nationale en vue de la planification industrielle, de l’emploi et de la formation. La prochaine étape est de structurer la jeunesse sur ces questions dans les lieux de formation liés à ce site industriel.Dans la continuité, les jeunes communistes lancent cet été un Tour de France de l’emploi pour populariser les luttes locales, les enjeux d’emploi sur le territoire, les fermetures annoncées, mais aussi les besoins de formation et les perspectives de développement. Cette initiative doit nous permettre de poursuivre notre adresse avant le lancement des questionnaires sur les conditions de formation, ainsi que des forums de l’orientation après la rentrée. Dans le même temps, nous poursuivrons notre engagement dans les mobilisations ou luttes sociales ou initiatives contre le racisme et les discriminations. La marche du 21 juin s’inscrit dans cette bataille pour l’unité de la jeunesse et du monde du travail face aux tentatives de division entretenues par l’extrême droite.