Jeunes morts au travail : en finir avec cette hécatombe

Ce 28 avril 2025, qui symbolise la journée internationale de la santé et de la sécurité au travail, résonne tout particulièrement, près de dix jours après la mort de quatre jeunes de 15, 20, 22 et 25 ans.

Le MJCF exprime son entière solidarité avec les familles des victimes. Les situations changent, les risques restent, et dans plusieurs de ces drames, l’employeur n’a pas respecté la charge qui est la sienne d’assurer leur sécurité.

La justice devra établir les responsabilités, car les risques étaient connus, ou auraient dû l’être. Ces morts auraient pu être évitées. Malheureusement, ces tragédies se multiplient et font rarement la une de l’actualité. Quand elles le sont, elles sont présentées comme de simples accidents.

Pourtant, comment parler de hasard lorsqu’en moins de huit mois, au moins douze jeunes, dont quatre mineurs, ont perdu la vie sur leur lieu de travail ? Comment parler de hasard lorsque, parmi les moins de 25 ans décédés au travail en 2024, ces drames sont majoritairement survenus durant l’année d’embauche ? Depuis 2020, près de 423 jeunes sont morts au travail.

Stagiaires, apprentis et salariés, tous sont confrontés aux risques. Des risques très largement accentués par des décennies de politiques libérales, qui ont transformé les filières professionnelles en vivier de main-d’œuvre peu chère et malléable, et précarisé les jeunes dans le monde du travail.

Réforme du lycée professionnel, stages dès la seconde, suppression d’heures de cours au profit d’heures en entreprise, précarisation de l’apprentissage et contrats précaires : tout est mis en place pour envoyer, le plus tôt possible, les jeunes sur le marché du travail.

Nous ne pouvons pas nous habituer à voir ces morts. Stagiaires, apprentis ou salariés, les situations diffèrent, mais chacune révèle l’échec des politiques de formation et des politiques économiques libérales.

Pour les stagiaires et les apprentis, c’est l’échec du cadre de formation qui est en cause. Sous couvert de simplification, les différentes lois et décrets (comme les décrets Rebsamen de 2015) ont accru les risques. Travaux dangereux, élargissement de la durée légale de travail, etc., visent à faire des stagiaires et apprentis de simples salariés, au bénéfice du patron. La formation en moins, les risques en plus.

Pour les salariés, le cadre économique est à remettre en cause. Au centre : la pression des contrats courts et de l’instabilité professionnelle. La France est la championne européenne de l’embauche via les CDD et l’intérim. Dans les faits, cela se traduit par une pression accrue à la production et par la négligence de certains employeurs vis-à-vis des équipements. Avec, au bout, des morts potentielles.

C’est pourquoi le MJCF revendique :

  • Le CDI comme norme d’embauche, une nécessité pour diminuer la pression sur les travailleurs, source de stress et d’accidents ;
  • Un encadrement renforcé de la formation, ainsi qu’un développement des formations professionnelles assurées par l’État, et une obligation, pour les entreprises, de financer la formation de leurs salariés, nécessaire pour connaître les risques et les gestes métier ;
  • Le retour des délégués du personnel et des CHSCT, afin de faciliter les droits d’alerte des travailleurs sur les situations dangereuses ;
  • La suppression des stages de seconde qui ne sont pas strictement encadrés et formateurs ;
  • Un renforcement massif de l’inspection du travail et de l’Éducation nationale ;
  • Des moyens de contrôle accrus dans les entreprises et les CFA ;
  • L’interdiction des tâches sur des machines dangereuses et du travail en hauteur, ainsi qu’une responsabilité pénale renforcée des employeurs en cas de manquement.