Loi intégrale : la violence d’une récession
Depuis plusieurs mois, de nombreuses organisations syndicales, associatives et politiques portent une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, aujourd’hui examinée en commission spéciale à l’Assemblée nationale. Ces violences ne sont pas des faits isolés, mais s’inscrivent dans un continuum rendu possible par un système d’exploitation et de domination des hommes sur les femmes, que nous nommons patriarcat.
Éducation nationale, périscolaire, université, monde du travail, police, justice, hébergement, information, prévention, accompagnement, enquête, réparation : toutes les dimensions pouvant endiguer les violences doivent être renforcées. Aujourd’hui, qu’elles soient enfants ou adultes, les victimes voient leur parole discréditée par misogynie, en raison des séquelles psychologiques infligées par les violences ou, lorsqu’il s’agit d’enfants, par mépris de leur parole. Les victimes ne sont pas assez accompagnées. À l’image du drame de l’affaire Lyhanna, qui a révélé que 85 047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs étaient encore en cours de traitement dans les parquets, les exemples de ces graves manquements ne manquent pas, à commencer par l’impunité qui prévaut : 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite.
Les gouvernements successifs promettent de renforcer les dispositions, mais ne s’en tiennent qu’à des mesurettes, et celui de Lecornu ne fait pas exception : le « socle » de 1,5 milliard d’euros consacré aux violences faites aux femmes et de 2,6 milliards destiné à la protection des enfants, qu’il vient d’annoncer, est composé presque exclusivement de dépenses déjà existantes, loin des besoins identifiés. Il a fallu attendre l’an dernier pour que la mise en place des trois séances annuelles d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité, fasse l’objet d’un réel volontarisme, alors qu’elles sont obligatoires depuis 2001, et ce à la suite d’une mobilisation de plusieurs années. C’est pourquoi la proposition de loi intégrale exige un minimum de 3 milliards d’euros par an pour lutter réellement en faveur de la protection des victimes.
Il faut urgemment mettre fin au recours au classement sans suite face au manque de moyens pour mener à bien les enquêtes, permettre aux victimes d’être correctement accompagnées dans les procédures judiciaires, faire évoluer leurs conditions d’accueil, mais aussi embaucher et former dans tous les secteurs : policier, judiciaire, social, scolaire, médical et psychologique.
Le MJCF, engagé pour l’émancipation de toutes et tous, dans la lutte féministe et contre toutes les formes de violences, soutient la proposition de loi intégrale, cosignée par 114 parlementaires issus de huit groupes politiques différents, pour que le fléau des violences sexistes et sexuelles soit enfin enrayé dans notre pays.